JOURNAL DE VOYAGE

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24 juillet

6h00 : lever.  C’est parti !  On déjeune et on se lance :  7h00, je suis à la laverie.  Zut !  La 10 kg est déjà prise !  Tant pis, j’utilise une 16 kg.  Ce qui n’était pas si mal après tout : je le réalise une fois que je l'ai eu remplie. Je programme le cycle le plus court, 20 minutes, et zou !  Séchoir.

Durant ce temps, Mariane nettoie l’appart.  Je reviens et commence à rentrer du stock dans l'auto.  48 minutes après, je suis de retour à la laverie, tout n’est pas sec.  Vite !  0,30€ pour 4 minutes.  Pourquoi ça ne marche pas ?!  Ah zut ! Je l’ai donné à l’autre machine.  Bon !  4 minutes à la A, pas à la B : en France, les laveries sont organisées avec un appareil à paiement central où, après avoir mis l'argent, il faut peser sur les boutons qui correspondent à sa machine.  Une fois terminé, je plie et retourne à l’appart.  Naturellement, un camion d’électricien-plombier-machinchose quelconque encombre l’espace où s’avancer.  Alors, je me gare en stationnement interdit, devant des places de résidents.  Je rentre, me met en trais de sortir les bagages, de placer le tout dans l’auto.  Je retourne à l’appartement. C’est l’heure de fermer les volets… ne pas oublier de les barrer… l’eau de l’appartement dans le corridor à fermer… le frigo à fermer… le disjoncteur pour l’électricité…  Ah !  Zut !  La valve sous l’évier.  Barrer 1, 2, 3 loquets…

Je ne sais s’ils s’imaginent qu’ils se feront moins voler avec 3 barres à une porte qu’avec une ou douze : c’est toujours la même porte…  Enfin.  On arrive dehors et… vive la vie !  C’est le drame !  Un vieux rabougri voulait sortir son mini van de sa place de stationnement et a eu du mal parce que mon auto était dans le chemin.  Je m’excuse, mais ça ne suffit pas. Il faut qu’ils m’engueulent, lui et sa grognasse, parce qu’ils doivent se rendre à l’hôpital pour des tests.  Bon, allez, pas le temps de leur expliquer que le camion de plombier était dans le chemin, qu’ils gueulent tant qu’ils le veulent, je m’en tape complètement !  Surtout, qu’ils sont tout de même arrivés à sortir leur barlingue de vieux cons de son emplacement.  « Vous avez raison, vous avez raison ! » ai-je dit tout en embarquant dans l'auto sans plus m’occuper d’eux.

Bon, c’est pas tout, encore faut-il aller porter les maudites clés !  Codognan, c’est pas loin !... Pas loin, mais à une bonne demi-heure de route.  On arrive, et le plan n’est pas plus précis qu’il le faut.  Cherche, tourne, retourne, reviens à l’entrée du complexe.  Heureusement qu’on croise une dame en vélo qui nous indique le chemin, sinon on chercherait encore.  Pas une adresse avec des numéros qui se suivent dans ce lotissement !

Bon, ça y est ! On a « dompé » les clés dans la boite à courrier, on est prêts à partir.  Une dame sort.  Bonjour, bonjour, on a eu de la difficulté à trouver… À la revoyure. On file.

Là, il me faut un café : ça urge !  À droite ?  À gauche ?  À gauche. On se tape une couple de kilomètres, pas de café.  Tant pis, on vire de bord.  On embarque sur l’autoroute, on s’arrête à la première aire de service ; on se prend un café et un morceau de tarte et on rembarque.  Bon, là c’est vrai, on part pour vrai ; il est 11h15, merde !  Moi, ces ménages au grand complet avant de quitter, j’en ai plus que ma claque !...

En 2003, l’échange de maison a signifié laver notre maison au grand complet pour recevoir les Combrichon.  On sortait en moppant derrière nous…  En quittant chez eux, on a encore tout lavé ; seulement pour les draps, il nous a fallu 4 heures, parce que les maudites machines à laver françaises ne finissent plus de ne plus finir.  Et puis, chez Louise et Serge, avant de partir, et puis, ici, chez… (je ne les nommerai pas, ils n’aiment pas ça…). Et puis, au départ de chez Jeanne et Pierre-Yves, on va devoir tout laver encore…  J'en ai marre à l'avance…

Alors, on file : 130, 140 km/h.  Il y a de la circulation, c’est impressionnant.  Près de Montpellier, il y a un feu de broussailles sur les haut-côtés de l’autoroute ; on passe juste avant qu’un bouchon catastrophique ne se forme.  Narbonne, un éclat de pneu traîne au milieu de la chaussée ; on passe juste à coté, juste avant qu’un bouchon n’apparaisse.  (Comment on sait que ces bouchons dantesques se forment ?  Par la radio.  Là-bas, il y a un poste dédié à la circulation.)

Carcassone, je passe de 140 km/h à 30, en 50 mètres.  Une roulotte est arrêtée sur le côté de la route, un gars est couché en dessous et essaie de réparer dieu-sait-quoi.  Curiosité oblige, tout le monde ralentit.  100 mètres plus loin, ça redémarre.  Un autre bouchon monstrueux se sera formé à notre suite, paraît-il.  Montauban, accident et bouchon, nous annonce-t-on.  Aussi bien en profiter pour dîner un peu avant.  Il est 13h15.  Quand on passera, vers 14h00, il n’y a plus rien.

On devra faire une autre halte, pour que je puisse dormir 15 minutes.  Je ne voudrais pas que mon endormitoire puisse être la cause d’un autre de ces bouchons monstres au fil de la course à obstacles que représentent les autoroutes du coin.

À 17h15, on arrive enfin à La Sauvetat-sur-Dropt. Drôle de non, hein ? La Sauvetat tire son nom du latin salvitatem qui signifie salut, sauveté. C'était le nom donné à toutes les villes de refuge qui jouissaient d'une garantie de non agression accordée par le seigneur local.  En 1789, elle prit le nom de Sauvetat-du-Drot ; puis enfin en 1910 son nom actuel de La Sauvetat-du-Dropt. Qu’est-ce que le Dropt ?  Une rivière un peu oubliée, qui serpente de biais vers la Garonne, et où on trouve des moulins, des écluses, des bassins, un peu envahis d’une verdure luxuriante et complètement bucolique.

Chez Jeanne et Pierre-Yves.  La maudite clé du loquet refuse de sortir, grr…  le bonhomme est fatigué un peu pour les subtilités.  Tourne, détourne, retourne, redétourne… Ah !  Il faut la placer à 9h00 pour qu’elle sorte, et non pas à 6h00 comme toute les maudites clés normales sur cette terre.

Bon, on rentre les bagages, ferme la porte et on se paie le plaisir de découvrir leur maison, ensemble, dans le calme.

Première impression ; de l’espace !  Deuxième impression : très bien aménagé et chaleureux ; troisième impression : propre, ordonné, sécurisant.  Une cuisine bien pensée, une salle d’eau avec…  une douche !  Oui !  Une douche ! Une toilette où les murs ne se referment pas sur vous. Il est clair que ce ne sont pas des Français qui habitent ici…  Étonnant, la toilette comme le bain ont des bras de métal pour s'accrocher, se tenir, se lever, comme on en trouve dans les endroits aménagés pour les personnes âgées ou les handicapés.  Je me dis que Jeanne a dû penser à maman, dans le cas où celle-ci aurait la chance d’y venir.

C’est vraiment beau et accueillant.  On monte à l’étage, tout est propre.  Le choix de céramique est judicieux, ce sont des carrés de 20 cm de côté environ, avec une patine qui va de la couleur crème à l’ocre sali de gris, ce qui est tout à fait congruent avec l’âge de la maison et le côté humain de sa décoration.

La maison a deux étages.  Le premier est à aire ouverte.  Sitôt entrés, on franchit un vestibule aux dimensions théoriques définies par la patère murale de fer forgé sur notre droite ; la cuisine est en face, et le salon et la salle à manger à gauche.  Si on s’enfonce plus loin dans la maison, on arrive à une table et deux chaises de fer tout à côté d’une immense fenêtre, à droite, qui ouvre sur une petite cour intérieure alors qu’à gauche se repose un escalier d’une belle largeur qui mène aux chambres à l’étage.  Après, la salle d’eau, puis la toilette, longent un petit corridor à gauche, tandis qu’à droite une autre large fenêtre suivie d’une porte donnent sur la cour intérieure.  Au bout complètement se trouve une pièce qui sert d’appentis.

Le deuxième comporte deux grandes chambres avec deux ventilateurs !!!  Par cette chaleur, c’est une découverte inestimable.  Mais il faut l'avouer, s’ils se plaignent de la chaleur ici, à La Sauvetat — et c’est vrai qu’il fait chaud — ce n’est rien à comparer à l’étuve qu’est la Camargue.  Ici, on peut tout de même respirer…  Il y a aussi à l’étage une autre pièce qui, pour l’instant, sert de débarras. Dans les projets lointains de Pierre-Yves, paraît-il qu’elle servira de salle de musique.

Un fois terminé ce premier tour du propriétaire, on ouvre les volets pour vrai.  La cuisine comporte une grande fenêtre double juste en face de l’évier et, à droite, une porte qui permet d’accéder à la cour.  De là, à gauche, à travers les larges fenêtres et la porte perçant le mur allongé, on reconnaît le corridor des salles d’eau.

En face, un mur de couleur crème formant l’autre côté court du petit rectangle intérieur laisse de petites fleurs grimpantes agrémenter le décor et poursuivre leur course le long du mur de droite jusqu’à un abreuvoir pour les oiseaux en fer posé en plein centre, et semblant dater du début du XXe siècle.

Le sol est couvert avec de la petite pierre et, au milieu de la cour, une étrange table de ciment, ronde, dont le dessus ressemble à une grande pastille rose de 4cm d’épaisseur, écrase un large pied central carré.

La cour me fait hésiter dans le choix des adjectifs pour la qualifier : romantique ? poétique ? Évocatrice en tout cas, mais qu’évoque-t-elle ?  Un petit jardin européen où les personnages de la belle époque prennent le café ?  Ou un petit coin d’ombre oublié où on peut se retrouver seul pour lire ?  Ou encore, un espace dehors pour petit déjeuner intime ?

En tout cas, je ne peux m’empêcher d’être épaté par tout le travail qu’il a fallu à Jeanne et Pierre-Yves pour aménager cette maison en 2 ou 3 voyages d’une dizaine de jours.  C’est une formidable réussite d’avoir été capable de rendre cette maison aussi accueillante et confortable.  D'ailleurs, il est facile de ne pas s’y tromper : Mariane est heureuse.  Elle rayonne, on voit qu’elle s’y sent bien.  Si depuis deux semaines, on a voyagé tout en habitant dans des conditions qui nous obligeaient à surmonter nos frustrations pour plusieurs détails de la vie courante, on voit qu’ici la vie sera facile.

D’aussi loin que l’humanité existe, on sait ce que ça veut dire, nous, les gars, quand notre bonne femme est contente…

Alors, on se met en branle, on va boire une bière au petit bar qui vient d’ouvrir à quelques maisons à côté, puis on va faire quelques courses pour les premières nécessités à un petit Inter Marché pas très loin en automobile.  Ce soir, ce sera le couscous aux saucisses, et notre première gaffe…

Les merguez éclaboussent du gras partout et, comme cela arrive toujours en ces circonstances, il n’y a pas d'eau chaude.  Le copain de Pierre-Yves était censé être passé pour « démarrer » la maison, mais, rien. 

Je fouille, trouve la cuve à eau, et son disjoncteur.  En fait le copain avait parti l’électricité de la maison, mais le disjoncteur du réservoir avait décidé qu’il restait au repos. 

Je mets ce dernier en fonction, ça marche, mais il n’y aura pas d’eau chaude avant un bon moment.  Alors, on se dépatouille comme dans le bon vieux temps : on fait bouillir de l’eau.  Pour notre première soirée, on s’amuse à un super nettoyage de voyageurs fatigués mais très bien disposés devant la perspective des jours à venir.

25 juillet

Journée claqués.  Mot d’ordre : on en fait le moins possible.  Objectifs de la journée : 1) téléphoner à Jeanne et Pierre-Yves, 2) faire un marché.  Pour ça, il faut avoir une carte internationale d’interurbains — pour ça, il faut aller à Eymet.  Avant — sur la place de l’église, un boucher ambulant propose sa marchandise.  On en profite : tranches de rôti de porc pour les sandwichs, ce midi, pigeons pour ce soir, 2 côtes de veau pour demain soir, et du boudin — un gros boudin de 4 cm de diamètre, traversé par des morceaux de gras…  absolument idéal !

Il est midi et demie quand on arrive à Eymet.  Tout était fermé sauf le tabac où on trouve une carte d’appel.  Ouf !

On revient à La Sauvetat.  La cabine est en plein soleil, comme un petit four solaire.  On commence à être habitués.  Je téléphone d'abord à Pierre-Yves parce que je savais qu’il serait levé et que je voulais laisser encore du temps à Jeanne pour se réveiller.  Je suis tombé sur son répondeur.

Je rejoins Jeanne tout de suite après, il est 7h30 à Montréal…  Elle était debout.  On jase une bonne quinzaine de minutes.  Le trajet, le voyage, sa maison qu’on trouve tout à fait charmante, très bien aménagée !  Chaleureuse, accueillante, tout quoi. Enfin, tout ce qu’on peut dire en quinze minutes…  Chaud ?  En Dordogne ?  Pfffuit !  C’est de la petite bière à comparer à Port-Camargue : la cabine est en plein soleil et on n’est même pas gênés.

Après, c’est l’heure de la sieste.  Celle-ci est à mettre dans le lot des fortement réparatrices...  Puis, je retourne à la cabine, qui est à cinq minutes de marche, passée l’église, près des PTT, et je rappelle Pierre-Yves au travail.

L’idée était de leur signifier, à Jeanne et à lui, comme ils n'habitent pas sous le même toit, que tout allait bien.  Et — dans mon cas — je veux des infos pour faire faire le ménage au moment de notre départ.  Mariane ne veut pas payer 70 € pour un ménage.  Ce sera une chaude lutte de couple…

Après le marché, on s’arrête au bistro du village, et on prend l’apéro, tout en jasant avec les gens du bar.  Maudit que j'aime ça !

Pour souper : pigeons au gril, riz basmati, avec oignons et poireaux confits.  Comme vin, un Sociando Mallet 2002 qui nous a coûté 19,20 € (26$!!! Je n’en reviens toujours pas. Il vaut le double sinon le triple à Montréal).

C’est excellent, mais on soupe vraiment tard.  On finit par souper, il est 22h30.  On se couche à minuit trente.

NOTE : Voilà deux jours que Mariane passe d’une fenêtre à l'autre, s'arrête, me regarde, sourit et me dit : « Bonjour ! » tout en levant la main à plat, comme un signe de salut et de paix.  Alors, j'ai commencé à l'appeler Chère Voisine…

26 juillet

Avec cette chaleur, les relations intimes avec ma chère voisine sont tout ce qu'il y a de plus réduites…  Or, ce matin, on n’y coupait pas.  J'ai une voisine un peu boss…

Moi qui m’étais levé crevé, incapable de me réveiller, j’étais un peu inquiet à l’idée de jouer le Fier Voisin, à jeun, au réveil.  Je n’ai plus vingt ans après tout ! 

Mais bon, faut croire que la nature fait bien les choses : on a fait voisin-voisine de façon fort honorable…

Après, on a mis le cap sur Saint-Émilion.  Pour ça, on a traversé le Duras par l'arrière-pays jusqu’à Sainte-Foy-la-Grande.  Quel magnifique et apaisant pays de vallons, avec des perspectives sur des terres agricoles ou des vignobles bucoliques : de vraies cartes postales.  

Saint-Émilion est une ville qui monte sur une colline assez abrupte.  La pierre calcaire friable a permis de creuser des dizaines de kilomètres de galeries souterraines dont certaines sont aménagées en chais à barriques,  L’église monolithe est aussi creusée dans la pierre.

Tout ça, c’est bien beau, mais pour le stationnement, c’est une calamité.  Un petit stationnement nous accueille à l’entrée de la ville, et le parcomètre semble rouler à la vitesse d’un taximètre.  On lui donne à bouffer tout ce qu’on a de pièces, et on prend la première rue qui s’offre à nous.

La ville est inspirante.  La partie la plus basse de la ville jouit de rues pavées de pierres rondes.  La partie haute recèle des résidences en pierre de taille et d’étroites rues asphaltées.  D’en bas jusqu’en haut, on trouve une cave au dix mètres.  On voudrait bien s’arrêter, mais laquelle choisir ?  Dans la partie haute, une affiche qui nous invite à visiter les caves d’un château attire notre attention. C’est gratuit ; pourquoi pas, nous disons-nous. En fait, la bâtisse n’a de château que le nom du vin, car on entre dans un commerce plutôt étroit fait sur la longueur. En son centre se trouve un petit escalier en colimaçon, qui nous mène profondément sous terre, au cœur de la terre et de l’âge de l’homme, plongés dans des galeries suintantes datant du Moyen Âge.  C’était absolument fascinant !

Quand nous avons remonté, j’avais le sentiment d'être privilégié.  Bien entendu, l’idée de cette visite est de nous convier à déguster les vins du château.  Nous avons goûté un rouge 1999, prêt à boire, fruité, souple, un peu acidulé, puis un 2000, beaucoup plus classique et étoffé, et puis, le 2003, encore fermé, mais plus ample.  J’ai aussi goûté un Sauternes que le groupe produit.  Mais j’étais obnubilé par l’heure du stationnement : on était de l’autre côté de la ville et il ne nous restait que 15 minutes.  Sans doute, si le vin avait été lumineux, je me serais balancé de l’horodateur maléfique.  Comme ce ne fut pas le cas, on a filé.

En revenant à l’auto, on s’est mis à croire aux miracles : il pleuvait.  Il a plu au moins une minute.  La température n’a pas descendu, mais l’humidité, elle, nous est tombée dessus.  On se serait cru à Port-Camargue : le soleil plombait au travers la blancheur poisseuse.  À 35°, c’est crevant.

On a repris la bagnole et on a roulé vers Pomerol, qui est un village minuscule tassé autour d’une petite église gothique.

Ensuite, pas question de manquer Lalande-de-Pomerol, à peine plus grand, avec sa superbe chapelle du XIIe siècle, au cœur du cimetière. 

Il est étonnant que des appellations aussi célèbres n’aient l’air de rien sur le terrain…  C’est vrai qu’il était midi, mais tout cela avait un petit air endormi et peu habité.  Je ne sais pas à quoi je m’attendais, mais j’ai été étonné par le fait que l’on ne voyait aucune affiche, annonçant caves et châteaux.  Le sol était plat, la terre craquée sous le soleil, et personne autour.  On est sortis de la bagnole… non, rien : on ne sentait rien.  Sans doute le merlot — cépage privilégié de ces appellations — a-t-il besoin de cette tranquillité atone et en camaïeu.

Quand nous avons sonné le retour à la maison, il était 14h00.

Nous nous sommes levés de la sieste à 16h15 !...  La chaleur tue…  Puis nous sommes allés nous promener à Eymet. Nous avons arrêté à la cave.  Au retour, on pissait la sueur tellement il faisait chaud et humide.  On a tout de même trouvé deux vins superbes :  Un côtes de Duras en rouge, le Domaine Mouthes Le Bihan Vieillefont, 2003, et un Bergerac rosé, le Château Seignoret Les Tours, Perle de rosé, 2003.

Ce soir, on se fait une petite dégustation de rosés.

Le premier, c’est le Bergerac rosé que l’on venait de se procurer, le Château Seignoret Les Tours.  Bouchon synthétique, couleur assez soutenue, Mariane trouve qu’il n'a pas d'aigreur, seulement du fruit.  C’est un vin immédiat en bouche, sans complexité ; on est loin du Bandol, mais ce petit vin est fort acceptable pour un rosé de tous les jours. 

Le second était un Bordeaux rosé, le Château Haut Mouleyres 2005. Bouchon de liège, avec la couleur d’un claret, il présentait un léger nez de pêche ou de prune avec des relents de pain blanc.  Moins fruité que le précédent, il avait plus de longueur.  Mariane l’a trouvé doux, avec un goût de miel, rond, « enrobant ».  Avec juste assez de corps pour la table.  Moi, je retrouvais ce que j’aimais des rosés de bordeaux.

Deux bons p’tits vins pour couper la chaleur étouffante.

27 juillet 2008

Aujourd’hui a été une journée gastronomique. 

Le matin, c’était jour de marché à Eymet.  Nous avons acheté du foie gras, des aiguillettes de canard, du boudin, du Monbazillac et des pommes Granny (Smith).

Ce qui fait que le midi, nous nous sommes préparé du boudin, accompagné d’une salade, elle-même accompagnée de 2 croûtons de pain sur lesquelles j'avais fait fondre des tranches de 2 cm de Ste-Maure (fromage de chèvre cendré).

On s’est régalé.  Le boudin était d’une qualité et d’une saveur que je n'avais jamais rencontrées.

Dans l’après-midi, après l’obligatoire sieste, à cette chaleur, nous sommes allés visiter le château de Monbazillac. Situé au milieu des vignes, il surplombe la vallée de Bergerac où coule la Dordogne, dite la rivière Espérance.

Château protestant durant 6 générations, il en a l'allure austère.  Il est très intéressant par son esthétique qui semble figée exactement entre le Moyen-Âge et la Renaissance.  De la première époque, il possède une tour de garde crénelée, des tours aux quatre coins et quelques meurtrières ; de l’autre, il présente des grandes fenêtres avec des linteaux de pierre, disposés symétriquement, un pont dormant en pierre (plutôt qu’un pont-levis), un puits en pierres taillées.  De la Renaissance, la façade est tempérée par des fenêtres à croisillons (fenêtres à petits carreaux) et des lucarnes.

La cave de Monbazillac, propriétaire des lieux depuis 1960, assure les travaux de rénovation, d’embellissement, enrichit les collections et ouvre l’accès au château au public le plus largement possible.

Nous avons pris la visite guidée, mais bon, il n’y avait pas grand-chose à dire ; le château, quand il a été récupéré par la coopérative des producteurs viticoles de Monbazillac avait été vidé au fil des guerres et des vicissitudes financières.

On y retrouve des meubles rachetés d’un peu partout, mais qui ne sont pas originaires du château, ce qui fait que l’on ne peut se faire une idée exacte de la vie des gens qui y résidaient.  La bibliothèque cependant, formée de livres trouvés dans les combles du château, était impressionnante.  De vieux livres, d’éditions protestantes de Bergerac, et une histoire de l’église gallicane (église de France) en une douzaine de volumes que j’aurais volontiers lue.

Bien entendu, le clou de la visite, c’est d’apprendre que la technique des vins sucrés grâce au Botrytis cinerea — un champignon qui permet d’obtenir des vins liquoreux (on parle alors de pourriture noble) — vient de Mobazillac.  De plus, si Sauternes a les mêmes conditions, ils ont tout de même hérité de la technique découverte ici.  Ce serait un moine au XIe siècle qui possédait des vignes et qui serait revenu trop tard d’un concile œcuménique pour les vendanges.  Il aurait trouvé son raisin moisi sur pied et aurait décidé de la vendanger quand même.  Il aurait obtenu ce vin sucré et chargé de parfums qui deviendra le Monbazillac.

Autre anecdote intéressante, on aurait découvert dans un navire hollandais marchand échoué des bouteilles de Monbazillac de 1747.  Une bouteille aurait été ouverte à Bordeaux en 1989.  Le vin aurait, paraît-il, gardé toutes les qualités qui l’ont rendu célèbre.

Ces petites anecdotes gardent quelque chose de l’enchantement du monde, mais ce qui me fascine, c'est le protestantisme.  Comment, dans une France catholique, un tel changement a-t-il pu se produire ? 

Beaucoup de facteurs ont dû contribuer à cet état de fait : décadence de l’église catholique, abus de pouvoir et d’influence, montée de l’esprit humaniste, bien entendu ; cependant, une phrase glissée au fil des informations que notre guide défilait a cependant retenu mon attention : la possibilité qui était faite aux protestants de capitaliser tandis que cela était interdit aux catholiques.

Je me suis dit : nous y voilà !  L'explication économique, me semble donner un réalisme cynique, mais indissociable de la condition humaine, à la force qu’a pu prendre cette branche du christianisme.  Si le protestantisme a favorisé la richesse (non ostentatoire, bien entendu…), il a certainement exercé un pouvoir d'attraction puissant.  (Je me demande bien quand les catholiques ont eu droit à la capitalisation ?) 

L’esprit de la Renaissance et les idées réformistes, propulsés à travers l’Europe par la nouvelle richesse et l’imprimerie ont bouleversés les idées reçues et le rapport au savoir.  Tous ces livres d’éditions « protestantes » dans la bibliothèque du château de Monbazillac en témoignent.

Inclus dans la visite du château, la dégustation de quelques vins de Monbazillac nous a sortis de notre palette de saveurs habituelle. Nous avons particulièrement apprécié le Monbazillac 2001.  C’est un vin très sucré, où le fruit éclate : poire, pêche, litchi, mais soutenu par une vapeur d’éther que, personnellement, j’associe à de la cire liquide.

Au retour, nous avons monté notre souper acheté au marché : foie gras mi-cuit, aiguillettes de canard, pommes Grammy à dorer à la poêle pour accompagner les aiguillettes et un superbe Monbazillac acheté à la cave d’Eymet.

Nous étions dans des saveurs qui possédaient le joyeux avantage d’être à la fois connues de notre palais, et déroutantes dans leur mariage.

Nous avions un gros bloc de foie gras de 20€ : il y a passé, enrobé par un Monbazillac qui lui faisait honneur.  (Monbazillac — Château La Truffière, 2004 (14e). Couleur : jaune or —  Nez : abricot — Goût : miel, confiture d’un fruit blanc ou jaune)

L’aiguillette est un muscle fin que l’on trouve sous le magret de canard qui fait 1cm de large et 6cm de long.  Une de ses extrémités finit effilée comme une aiguille.  Son goût est délicat : avec ces pommes Grammy cuites délicatement à la poêle, c'est absolument génial.

Comme accompagnement liquide, on a ouvert notre petit Côtes de Duras acheté à la cave de Eymet, la veille.  (Domaine Mouthes Le Bihan Vieillefont, 2003 — Couleur : pourpre — Nez : relents de bordeaux avec du cassis et de la menthe — Bouche : Horreur !  Avec tout ce fruit (Monbazillac, pommes), les tanins se sont montrés durs comme de la pierre et le gout, acre et décevant.)

Cela n'a pas semblé faire le même effet sur Mariane qui a poursuivi avec le rouge.  J’ai tenté en verre de rosé, pareil.  Alors, je suis revenu au Monbazillac.

En fait, avec des aiguillettes, un blanc aurait été plus indiqué.

Mariane propose que, la prochaine fois, on accompagne les aiguillettes, de pommes et d’épinards.

Pour finir, nous avions deux fromages : d’abord un Templais Fleuron, fromage de la région, affiné18 mois ; il s’agit d’un fromage au lait de vache, pasteurisé, à pâte cuite, couleur ocre brun, cassante sous la dent, à l’odeur fruitée et au goût relevé accompagné de saveurs de noisettes.  Il est vraiment délicieux.  Quand Mariane y a goûté le matin, elle m’a dit en me montrant son bras : « Regarde, les frissons m’en passent ! »(Ma voisine me fait rêver d’être un fromage).  Il y avait aussi un brie de Maux qu’on a détesté jusqu’à le jeter.

28 juillet

Aujourd’hui, a été une journée dramatique.

Nous sommes retournés à St-Émilion avec la ferme intention de visiter l’église monolithe, c’est-à-dire, creusée dans la pierre.  De plus, nous voulions nous trouver un bordeaux blanc pour ce soir et un Pomerol de renom pour boire en France, question de faire découvrir ce vin célèbre à Mariane.

Cette fois-ci, nous avons stationné tout au sommet de la ville.  La chance semblait nous sourire : les horodateurs étaient défectueux, alors vive la gratuité !  Nous prenons une visite guidée, et sagement, nous suivons l’excellente guide ; nous passons par la chapelle où se trouve encore de la pierre peinte de scènes évangéliques du XIe siècle, nous visitons la grotte où St-Émilion, au VIIIe siècle, aurait vécu les 17 dernières années de sa vie, nous découvrons les catacombes où St-Émilion aurait été enterré, et enfin, nous nous émerveillons de l’époustouflante église, avec son plafond de 11 mètres, ses 3 traverses, plus une 4e pour la porte d’entrée, avec des colonnes aussi imposantes que dans les cathédrales en pierre taillée ; et tout ça creusé à même dans la colline.  Impressionnant, est le moins qu’on puisse dire pour un tel ouvrage, qui n’aurait pris que onze ans à être réalisé !

Après, nous avons visité deux caves.  Pour la première, tout en haut, on me proposait un LaFleur de Pomerol 1986 à 145€.  Ensuite, nous sommes descendus tout en bas de la ville, dans une cave que nous avions repérée lors de notre première visite. 

Nous avons dégusté, fureté, regardé, nous avons parlé avec le conseiller en vin qui est un Australien (qui a un beau-frère qui vit à Montréal), et après moult hésitations, j’opte pour un Lafleur-Pétrus 1976 à 99€ (133$).  Une véritable aubaine : cette bouteille provenait d’une cave privée.  On choisit avec ça un Pomerol, château Beauregard 1999 à 44€, puis un blanc — un château Tour de Mirambeau, cuvée pression 2004 produit par Despagne.

Nous passons un bon moment à la caisse à parler avec notre conseiller et le caviste, et nous lui promettons de lui donner des nouvelles de cette bouteille, tout en le taquinant à propos de son beau-frère auprès de qui on se plaindrait si son LaFLeur Pétrus n’était pas bon.  Le caviste nous place les trois bouteilles dans un pack en carton et nous sortons.  Tiens, il pleut.  Même qu’il tombe des hallebardes.  On ouvre nos capuchons, Mariane propose de mettre le pack dans son sac en plastique ; pas besoin que je lui réponds, le carton est solide.  Puis nous partons, en montant sur une rue de pierres glissantes.  Je m’inquiète un peu pour Mariane qui n’est qu’en sandales, car je sais que le Tertre des Vaillants est très très à pic.  Il est même incompréhensible que l’on n’ait pas fait d’escalier, aucun véhicule à roue ne peut y monter.  Voilà pourquoi sans doute pourquoi on lui donne le nom de tertre plutôt que celui de rue. 

Au moment où on s’apprête à s’engager dans la rue pentue, à l’angle de la rue de la Grande Fontaine et du Tertre des Vaillants, je me tourne vers Mariane pour voir si elle ne peine pas trop.  J’aurais mieux fait de me préoccuper de mes affaires… À l’instant même, ma boîte s’allège d’un coup : le fond a cédé.  Les trois bouteilles sont tombées et une d’elles s’est cassée.  En vous fiant aux lois de Murphy, je sais que vous savez laquelle s’est cassée.

Et je suis là comme un con, sous un déluge de clous, à regarder une ombre filer le long du pavé.  Une ombre de nectar rouge 1976 à 99€.  Mariane ramasse les deux autres bouteilles ; pour moi, plus rien n’existe.  Je me penche, dégoulinant et je ramasse un à un les éclats de verre sans valeur d’un Château La Fleur Pétrus 1976.

Je suis complètement désorienté, je laisse le verre, et du sang, car je me suis coupé, aux bons soins de la poubelle du marchand de glaces faisant le coin, devant la jeune fille qui a tout vu et qui me regarde franchement désolée.  Son empathie me fait du bien.  Un peu.

Mariane et moi, on se regarde, catastrophés.  Alors, je me dis que comme on avait promis de donner des nouvelles de la bouteille, aussi bien le faire.  On est retournés à la cave.  Ainsi, nous nous sommes retrouvés catastrophés à quatre.  Pour nous consoler (Mariane pense qu’il s’en voulait et se disait qu’il ne laisserait plus jamais partir un client sans un emballage plastique quand il pleut), le caviste, nous a fait cadeau d’un Saint-Émilion grand cru, le Château Milens 2001 (qui valait tout de même 55€).  Moi un peu à côté de mes pompes, je ne cessais de lui répéter « Je ne t’ai rien demandé ».  Il a fallu qu’il insiste.  Je le lui ai fait un merci dépité dont il a tout a fait compris le sens et nous sommes sortis, les bouteilles dans un sac de plastique… et nous sommes montés comme des automates — il ne pleuvait presque plus — avec notre trésor amputé, en tâchant de ne pas glisser.

Inutile de dire que l’heure du retour a été plutôt silencieuse.  On s’est arrêtés dans un Leclerc et je ne sais pas trop ce qu’on a fait ou acheté.  Je sais qu’on a pris beaucoup de temps à parler fromage avec l’homme qui servait, qu’il nous en a fait goûter plusieurs et qu’on s’est choisis un St-Nectaire fermier et un fromage de type Époisse, un peu plus doux cependant (Ah ! Si !  Voilà ! Je relis la facture : du Livarot), à croûte jaune que j'ai aimé.  Enfin, sans doute…  Mariane en a pris sans doute pour me faire plaisir.

À la maison, je me suis dit qu’il valait mieux avaler le morceau le plus vite possible et ne pas gâcher notre voyage pour une baliverne, attristante peut-être, coûteuse certainement, tout ce qu’on voudra en fait, mais somme toute mineure.  Nous étions en santé, nous n'avions pas d'accident, nous avions encore des projets pour les jours qui nous restaient, le mieux était de placer ça derrière soi au plus vite et d’aller de l'avant.

Je me suis allongé 30 minutes.  Mariane a regardé de la documentation en silence, puis nous sommes allés au Café de la Paix, à côté.  Après trois bières et avoir parlé avec les gens de la place, notre bonne humeur était revenue.

Comment mieux finir de se consoler que de se préparer une bonne bouffe ?  Pour souper : Du lieu (poisson blanc) nappé avec une sauce au beurre blanc (recette de Stéphane, proprio et cuisinier du Café de la Paix), riz basmati et notre Bordeaux blanc.

Petit aparté gastronomique — la recette du beurre blanc :

Parlons du Bordeaux blanc maintenant :

Voici une image d'une bouteille de 2003

On a sifflé la bouteille, puis on s’est couché en se demandant si demain on irait à Sarlat comme prévu.

Le moral n’y était pas trop, bien sûr, mais aussi je commence à être fatigué de conduire.  Au retour de Sarlat, j'en serais à 2 500km de route, concentrés en une douzaine de jours de route, pour 16 jours de voyage.

29 juillet

La déception m’a tenu éveillé une partie de la nuit.  Puis, ce matin, je me suis réveillé 30 minutes avant la sonnerie du cadran.

Les nuits ont été courtes en France.  Mais quoi !  Si on se laisse abattre, on va faire quoi ?  Tourner un rond dans la maison ?  Non ! Pas question de jouer les colombes en cage !  Je ne me sens pas plus vaillant qu’il faut, surtout que je redoute la route en lacets et le trafic (c’est ce mot qu’ils utilisent en France — dire qu’au Québec on a fait des efforts pour le désapprendre et employer circulation…), mais je me dis que c’est le moment de ne pas s’apitoyer sur son sort.  Alors, « prêt pas prêt !  On y va ! »

En route, on s’est permis le grand plaisir d’arrêter dans la ville Siorac-en-Périgord, là où on trouve le château de Siorac.  Pour qui a lu Fortune de France de Robert Merle, ce nom représente 3 générations de Siorac qui nous ont fait rêver au fil de leurs pérégrinations au service des rois de France. 

Même si le château ne correspond en rien à celui que Robert Merle nous construit dans son premier roman, et que la ville est minuscule, sans autre intérêt que ses ruelles moyenâgeuses en pierre, nous avons reconnecté avec ces 13 romans qui nous ont tant fait rêver.  Et quoi de plus curatif que de remonter le fil de ses rêves…

Nous sommes arrivés à Sarlat à 10h45, en plein jour de marché.  Il nous a fallu 30 minutes pour franchir un petit kilomètre dans un bouchon monstre.  C’est un peu normal, automobiles et caravanes de touristes s’avancent par milliers vers le cul-de-sac que forme la ville, perchée au sommet de la falaise. Quand c’est plein, c’est plein, hein ?  Plus personne n’avance.  Devinant le piège, j’ai enfilé à gauche dès que j’ai pu, une longue montée, puis tourné et viraillé, pour aboutir stationné à la française : les deux roues côté passager sur la chaîne de trottoir, les deux autres dans la rue, à peine large pour qu’y passe une coccinelle.

On a foncé au marché.  Dire foncé est une manière de parler, car la foule est si dense qu’on arrive à peine à avancer.  Des Anglais, des Allemands, des Hollandais…  des blonds partout, mais où sont donc les Français ?  Derrière les kiosques et les boutiques chics s’ouvrant sur ces rues comprimées entre de très vieilles maisons en pierre.

Périgord oblige : à un marché de produits locaux, on s’est acheté 2 conserves pour ramener au pays : foie gras d’oie, foie gras de canard.  Puis, pour manger, du canard, encore du canard, et toujours du confit…  2 confits d’oie, 2 gésiers confits, un magret de canard.  Youppi !!!  Le moral est revenu !

On a mangé sur place et qu’a-t-on pris ?  Salade de gésiers confits et cassoulets aux manchons (pilons) de canard ; pour dessert : crème caramel aux fraises pour Mariane et fromages pour moi.

Après, on a marché dans le jardin public.  Monter des côtes, l’estomac plein, au gros soleil n’est pas trop recommandé aux gros comme moi…  Mais tant que j’ai ma casquette, que le soleil ne me plombe pas sur le coco, je peux encore aller au bout du monde.  Enfin, disons qu’il faut s’y rendre lentement…

Puis, ç’a été le retour.  La circulation était encore très dense, il nous a fallu 2h3/4, mais on est arrivés entiers.

Alors, après les deux ou trois traditionnels demis au Café de la Paix, on revient et on affine notre plan de guerre : ce soir ce sera…

Foie gras mi-cuit et monbazillac ;

Magret de canard et salade, accompagnés de notre pomerol (Château Beauregard 1999) et fromages : Templais Fleuron (fromage d’Aquitaine), Saint-Nectaire fermier (de la région de Clermont-Ferrand, au cœur du massif central) et Livarot (fromage de Normandie).

Tiens, terminons la journée en parlant des vins…

POMEROL — Château Beauregard 1999 (44€ = 62$)

1re dégustation avant de manger (ouvert depuis 1 heure)

couleur : frange avec des reflets chauds

nez : champignon, sous-bois, cerise très mure, fumée

bouche :

Vin extrêmement long, très équilibré, très « class », avec beaucoup de tenue. Moelleux comme un pomerol, mais avec de la colonne…  avec la structure d’un grand bordeaux.

Dégustation entrecoupée d’une entrée de fois gras d’oie entier mi-cuit et du monbazillac.  C’est son deuxième jour, il a évolué vers la poire, au nez il révèle plus de vanille, de la cire fondue et de la pierre à fusil.  Au goût aussi, on trouve plus de poire, et on savoure beaucoup plus de litchi et de miel.

2e dégustation

nez : biscuit grillé, torréfaction, impression nocturne, avec du poivre comme on en trouve dans les côtes-de-nuits.  Et, bien entendu, du champignon.

goût : 1re gorgée — acidulé, mince (dur à boire après le monbazillac).  Mariane suggère qu’après un monbazillac on prévoie un plat qui s'accompagne de vin blanc.  Je suis tout à fait d’accord.  IL nous faut insister : après un croûton de pain et 5 ou 6 petites lampées, le Pomerol finit par reprendre ses droits et nous charmer pleinement.

Une chose qui m’a surprise, c'est que le nez du vin, à la fin du souper, avait tourné vers une odeur de braise refroidie. 

Pour synthétiser, disons qu’une chose nous est apparue certaine : pomerol et magret de canard font un heureux mariage pour le palais, mariage qu’il faut célébrer encore souvent. (Et oublier les mauvais moments...)

30 juillet

Ouf ! Enfin une journée de repos : on n’a rien prévu de majeur aujourd’hui, sauf un peu de plage pour Mariane.

J’ai fait de l'aquarelle toute la matinée, jusqu’à ce que Mariane me propose d’aller au lac.  Je m’en serais volontiers passé mais, quand on aime, il faut savoir apprécier ce qui fait plaisir à l’autre comme nous faisant aussi plaisir ; sinon, aussi bien rester seul.

La veille, au Café de la Paix, Mariane a demandé à Clément, un gars de la place, où étaient le lacs des environs.  Il nous en a énuméré trois : le lac de Castelgaillard, à 10 minutes d’ici, en direction de St-Sernin ; le lac de Pomport, en direction de Bergerac, à 25 minutes d’ici et, le plus beau, le lac de Moulinet à Lougratte, à 25 minutes aussi, direction Miramont, puis Cancon, puis Lougratte par la nationale 21.

J’ai proposé, pas trop fort, Lougratte, mais Mariane voulait s’en tenir à ce qui avait été convenu la veille : si je l’amenais à la plage, il ne fallait pas que ce soit trop loin.  Ce serait donc Castelgaillard.  En route !  On tourne par derrière de la Sauvetat, sur une petite route, puis on tourne en direction de St-Sernin sur un chemin encore plus étroit.  Ce qui m’étonne toujours, c’est que souvent la voie semble ne faire que la largeur de la bagnole — qui est elle-même déjà petite — qu’il n’y a pas d'accotement de plus de 10 cm avant le bas-côté et qu’on trouve toujours le moyen de croiser à 100 km/h dans une courbe.

Mais où ça passe, nom de Dieu ?  Depuis que je roule en France, ça fait 25 ans maintenant, je ne sais toujours pas comment c’est possible.  Je fais confiance, je ne ralentis pas, j’ajuste, j’ajuste et, au dernier moment, je donne un léger coup à droite suivi aussitôt d’un petit redressement à gauche.  Et ça passe !  Depuis toujours.  Pourtant, à chaque fois, je le fais avec, dans la zone nébuleuse de mon cerveau rationnel, cette impression que ce n’est pas assez large pour deux. Je me fais parfois penser à celui qui ferme les yeux quand il n'aime pas ce qu’il voit.  Ce qui est plus qu’indiqué au volant, non ?

Le lac, quelle déception !  C’était grand comme ma poche.  Seul s’y trouvait un centre de location de motos marines, où des jeunes en mal de sensations fortes s’en donnaient à cœur joie, remplissant les lieux d’une pétarade assourdissante.  Le fond était vaseux, la nage était circonscrite à une seul petit carré de flotteurs, dont la partie la plus profonde arrivait à la taille : rien pour que Mariane puisse nager, comme elle l’aurait souhaité.  Un couple, c’est comme une équipe, l’ensemble est plus fort que la somme des individus ; n’empêche que parfois ça floppe.  Je me suis mis en branle pour faire plaisir à Mariane, qui, elle, en retour, ne voulait pas que je conduise trop longtemps.  On est tombé sur un endroit déprimant : on n’est pas resté plus d’une heure.  En fin de compte, tant qu’à se mettre en branle, le lac de Moulinet aurait certes été préférable. Ce sont les risques du métier… de couple, quoi.

Lac de Castelgaillard
C'est beau sur les photos publicitaires, hein ? http://www.latuiliere.eu/Activities.htm

Lac de Pomport

http://www.grand-moulin-pomport.com/en/Whats-On/Lakes-Beaches.htm

Lac de Moulinet

http://www.lougratte.com/fraccueil.html

On revient à la maison, et on s’allonge pour la sieste.  Tout à coup, le portable sonne.  Il est où, ce salaud !?  Mariane ?!  Ah oui, sa pochette !  Vite !  Il faut sortir et traverser la rue : c’est seulement à partir de là que le signal passe.  Je descends l’étage, franchit la distance du salon. Zut !  La porte est barrée.  Et tourne le loquet un tour, fonce vers zut !  encore barrée !  Et tourne le loquet un deuxième tour, ouvre la porte, fais le piquet sur le trottoir le temps que les autos passent.  J'arrive de l'autre côté : « Allô ? » rien.  « Allô ? » rien.  Trop tard.  On se dit que ce doit être maman.  On marche jusqu’à la cabine téléphonique…  c’est engagé.  Grrr !

On revient à la maison, bien réveillés, avec un après-midi devant nous.  Mariane lit, je fais de l’aquarelle.  À 18h00, on rejoint maman : c’était bien elle qui avait essayé d’appeler.  Nous ne pouvons lui parler bien longtemps, car la carte d’appel s’épuise et nous oblige à couper.  Puis, sur le portable, après 10 jours de pitonnage, on trouve le moyen de prendre nos messages.  Louise voulait prendre des nouvelles. On l’appelle ; après 5 minutes, l'autre carte échoit aussi.  Bye, Louise !

À 20h30, on se met sur le souper.  Au menu :

Confit d’oie et charlottes en tranches (patates), grillées dans la graisse d’oie.  Et fromages, bien entendu.  Avec ça, on décide d’ouvrir notre château Milens (notre prix de consolation pour le La Fleur Pétrus 1976…).

Notes de dégustation du Château Milens 2001 — Saint-Émilion Grand Cru

Déjà, son bouchon a de quoi mettre en confiance : il fait 5cm d’un beau liège d’une seule pièce.  Voilà un bouchon comme on n’en voit plus.

1er verre, à l’ouverture

À l’œil : frange vermillon, couleur grenat.

Au nez : odeur capiteuse, pain grillé, chocolat à la menthe.

En bouche :

2e verre

Dégage des odeurs de cigare.

En mangeant

On a l’impression de manger à la table d’un seigneur.  Le vin est apaisant, c’est le mot.  Chaque bouchée, arrosée de ce nectar, ralentit le moment de la suivante.

Au fromage

nez : puissant, mais impossible à détailler.

saveur : je ne peux rien ajouter, mais renchérir, oui !  Je n’aime pas le vin rouge avec les fromages, surtout si ce derniers sont forts ; cependant, le Château Milens passe le test, même avec le Livarot.  Je l’adopte !  (Dans mes notes, j’ai écrit : à vérifier à Montréal, ce que nous avons fait depuis le moment où je rédige ce récit.  L’autre jour encore, Mariane et moi, on se le remémorait avec toujours la même impression que celle qu’il nous avait laissée la première fois : un grand seigneur).

31 juillet

On s’était entendus pour démarrer à 7h30, on est partis à 8h30 pour Bordeaux.  J’avais un de ces coups de barre ! On a dû s’arrêter après une heure de route pour s’étirer, respirer.  Après, ç’a été.

À Bordeaux, on s’est trouvé pris dans un embouteillage qui n’en finissait plus le long de la Gironde, alors j’ai tourné en me disant qu’on trouverait bien notre chemin, l’idée étant de ne pas perdre le cap, c’est-à-dire le nord-est.  On cherchait l’hôtel Ariane, rue de Lurbe.  Selon le plan, elle devrait croiser Cours Clémenceau.

Rue des Argentiers, rue du Loup, une cathédrale gothique à gauche, place Jean

Rue de Lurbe

Moulin, rue des remparts, est-ce la place Gambetta ça ?  Ah !  Cours Georges Clémenceau ; la rue de Lurbe n’a qu’à bien se tenir, nous v’la ! Mais avec ces travaux…  On est passés tout droit.  Allez, un petit 180° à la place Tourny.  On passe dans l’autre sens.  Mais !  Elle n’existe pas cette rue ou quoi ?  On recommence.  Pas de Lurbe de mes deux !  Allez, je me risque, on passe par derrière, peut-être qu’elle ne débouche pas : le plan n’est peut-être pas précis.  Si ça, c’est la place Gambetta, je devrais pouvoir tourner à gauche et à gauche encore.  Voilà !  Rue de Lurbe.  Une rue, ça ?  Je m’avance avec le sentiment que je ne pourrai jamais en sortir tellement c’est étroit.  L’hôtel est bien là, mais aucune place pour stationner, bien entendu.  Allez, hop !  Je m’enfile dans un stationnement interdit en attendant.

Bon, on visite la chambre et on la prend, et une place de stationnement aussi, parce que, sinon, je ne vois pas où la fourrer c’te bagnole. 

Je recule l’auto par la porte de « garage » d’un édifice en ruines où ils tassent les bagnoles.  Mince, c’est serré !  Mais tout de même, à 11h00, nos bagages sont déposés et on est prêts à se marcher la journée dans Bordeaux.

On vise d’abord l’office de tourisme, Cours du 30 juillet.  Mariane a l’estomac qui crie, alors elle s’arrête chez « Quick » pour s’acheter un muffin.  Quick comme rapide ? Eh ! Mon ami ! Il y a un concept qui n’est pas encore bien intégré en France malgré l’influence montante de la malbouffe, c’est la restauration rapide.  20 minutes en ligne derrière 5 ou 6 personnes !!!  Slow Food au cube !

Même que, quand un couple devant Mariane a eu fini de commander, il est parti s’asseoir tout au fond du resto, et la préposée au comptoir des commandes a laissé sa ligne et sa caisse en plan pour aller leur porter leur plateau quand il a été prêt.  Macdonald’s a dû se retourner dans sa tombe…

Qu’a-t-on trouvé à côté de l’office de tourisme ?  Une cave à vin, bien entendu ! Bordeaux Magnum (http://bordeaux-magnum.com), rien de moins...

On rentre, on fouine, et soudain, une apparition surgit devant mes yeux émerveillé : un Pontet-Canet 1990.  Ce vin que j’ai voulu me procurer à Montréal, et dont il ne restait plus de bouteilles quand j’ai été prêt à payer le 130$ qu’il coûtait.

Là, je me suis dit, c’est la première cave que je fais peut-être, et c’est contre mes principes de faire mon choix dès le départ, mais voilà le vin que je veux.  Des années que je regrette ce 1990…  Et puis, le type qui nous a répondu nous a vraiment bien conseillé pour un Sauternes, étant donné qu’on n’y connaissait rien.  Nous sommes partis en nous promettant qu’en fin de journée on reviendrait.

À la brasserie tout près de l’hôtel (en tous points semblable à la brasserie à Dijon où nous nous étions arrêtés en 2003 avec la « gang » pour dîner) nous avons mangé la même chose qu’en 2003 : pizza aux trois fromages pour Mariane (dont un gros chèvre fondu ; on est en France après tout !) et pizza paysanne pour moi (lardons, jambon, tomates et œuf presque cru cassé en son centre).  C’est pas au Québec qu’on se fait servir de telles pizz.

La cour intérieure de l'hôtel Ariane...

Après la sieste, on se décide pour une visite de la vieille ville en petit train.  On arrive en courant, tout le monde s’est déjà installé.  C’est un « petit » train, en effet.  Il n’y a pas assez de place pour s’asseoir et garder les jambes devant soi : c’est un vrai train d’enfant !  Les genoux sont de trop.  Il faut se placer de biais. Alors, à 5 sur les banquettes, c’est une vraie torture.  Je me suis tapé un ¾ d’heure de yoga en position instable…

La blague entre nous deux tout le long de la visite, ç’a été que Bordeaux, je connaissais : notre super train a pris plusieurs des rues que j’avais prises en automobile le matin.

Après nous être dépliés du train, nous nous sommes dirigés vers une cave que j’avais repérée et qui m’avait semblée intéressante (LA MAISON DES MILLESIMES (Gironde), 37 Rue de L’Esprit des Lois 33000 BORDEAUX, TEL 05.56.44.03.92.)  Intéressante ? Que dis-je ? À en devenir fou plutôt !  On n’y vendait que des vieux bordeaux.  C’était tenu par des jeunes (!), c’est pour dire…  Alors, là, ça ne se décline pas en termes de 1995, 1990 ou autres années de jeunesse.  Il y a des 1976, 1951, 1900, etc.  Et ?  Un Pontet-Canet 1988 !  J’ai gardé leur carte, je veux me faire venir du vin, ils font la livraison postale à Montréal…

Après, nous sommes retournés au caviste précédent, car le Pontet-Canet 1990, pas question de passer à côté, c’est un morceau d’anthologie (75 €).  Avec ça, nous avons acheté une Château Rabaud-Promis 1990, premier cru classé de Sauternes à 43 € ; c’est un prix dérisoire à comparer à ce qu’on nous propose à Montréal : des sauternes 2004 à 200$ !... et pas du Château d’Yquem.

Comme nous ne voulions pas nous encombrer, nous avons ramené les bouteilles à la chambre.  Inutile de préciser que je ne tenais pas le carton par la poignée.  Je le tenais dans mes bras, en soutenant le fond.  Merde !  Quand j’y pense…  un La Fleur-Pétrus 1976…

Puis, nous sommes repartis pour aller visiter la cathédrale Saint-André, une cathédrale gothique débutée au XIIe siècle.  À l’intérieur, dans une salle à part, on a pu apprécier une exposition expliquant les techniques employées pour nettoyer la pierre et restaurer le monument.  C’est un véritable travail de moine qui revient à nettoyer un édifice avec une brosse à dents.  Chaque pierre est identifiée, puis nettoyée au laser.  Mais attention, on n’est pas à l’ère de la SF où d’un rayon tout redevient en l’état ; non, le laser correspond à une pointe de crayon.  Alors, on passe les 6 faces de chacune des pierres de la cathédrale à la pointe d’un crayon, on restaure la pierre abîmée, on change celles qui sont trop éclatées, on les imbibe d’un produit leur permettant de résister au climat ! C’est inimaginable !  Encore plus, je crois, que de tenter d’évoquer la somme de travail qu’a exigée la construction de ces immenses navires de pierre.  Il me semble que, dans le cas présent, cela dépasse l’entendement : il faut la démonter, pièce par pièce.  Comment fait-on pour la pierre d’une immense colonne, au ras du sol ?...  Il y a quelque chose dans cette capacité humaine à entreprendre de tels chantiers qui laisse le sentiment que c’est dans l’acte lui-même plus que dans son accomplissement qu’est la prière suprême.

Puis nous nous sommes volontairement laissés voguer au hasard des rues.  Nous avons pris l’apéro au St-Georges, place Camille Jullian, et nous avons fini par souper place du Parlement au café Morales.  Comme on voulait manger légèrement, on s’est pris une assiette de pavé de saumon, avec purée de rutabaga et salade plus un vin blanc grand cru de Pessac-Leognan — le château Carbonnieux 2004.  En fait, on a préféré investir sur le vin que sur la bouffe.  Ça devient dangereux, il est temps qu’on rentre…

Le plat était très correct, le saumon était pas mal salé, j’avais peur que Mariane ne regimbe, mais non, elle a semblé beaucoup l’aimer.  Sans doute y avait-il influence gustative de la part du vin ?… Blanc pâle, avec une nez de vanille et de pamplemousse blanc, à la première gorgée, on sent bien que le vin est surtout fait avec du Sauvignon : pommes Granny cuites et pamplemousse blanc.  Il est rafraîchissant et a une tenue certaine assurée par un boisé de qualité.

Après, nous avons marché jusqu’à l’hôtel.  Là, j’ai regretté de ne pas avoir fait une inspection plus rigoureuse de la chambre : encore une maudite douche à la française… Le bras après lequel est construit la tête est sensé tenir parallèlement au sol, ou à angle de 100 à 110° par rapport au mur, mais si la visse sensée le serrer et permettre d’ajuster n’est pas serrée que se passe-t-il ?  Le bras tombe vers le mur comme une érection impossible.  « Maudit pays de cul ! »  j’ai crié. Mariane rigolait.  J’ai plus douché le plancher qu’été capable de me laver.

Et puis, parlons d’un sujet qui intéresse le monde entier : la localisation de l’ostie de bol de toilette.  Avis aux lecteur faciles à choquer : ne pas lire la suite.  On dirait qu’en France, chier doit être frustrant et inconfortable : soit la toilette est confinée à un réduit large comme une tuile de plancher, sans aération, bien entendu — les odeurs doivent surtout rester sur place ! — soit, comme ici, le bol est quasi collé au mur d’un côté et, juste au niveau de l’épaule, on trouve un immense machin en métal sensé distribuer le PQ.  Grand confort en trois possibilités : soit on trône le dos très droit afin d’arriver à glisser l’épaule gauche avant la boîte, soit on se penche la tête presque la tête entre les jambes pour passer sous le machin, soit on se tourne à 25° sur le siège pour s’éloigner du mur.  Mais comme le bol n’est fixé qu’approximativement, cette torsion se fait au prix d’un tangage de la cuvette qui fait craindre de renverser à terre.

Kriss ! Peuvent ben être pet sec, ces Français !  Peuvent ben s’insulter en termes scatologiques tout le temps — Merde ! Enculé ! Va chier ! Merdeux ! — c’est des frustrés de la chiotte !!!

1er août 2006

Lever 7h00.  Je ne dormais plus depuis 6h30.  Rien à faire, je n’arrive pas à dormir plus de 5h00 par nuit.

On déjeune, règle la chambre et monte chercher les bagages.  Dans la chambre, j’en profite pour constater que mon bol pour contorsionniste me coupe l’inspiration, et enfin, on part pour le Médoc.  À 9h00, on est devant le château Palmer : visites sur rendez-vous — à partir de 10h00, bien entendu.  On repart.  10 minutes plus tard, on est devant le château Margaux.  On se sent encore plus ti-clins : on ne peut que le regarder de l’extérieur, avec ses vignes qui s’étendent devant sa grille.

On se rend à l’île Margaux.  Je croyais qu’on pouvait visiter, mais il n’en est rien.  Tout ce qu’il y a, c’est un quai en fer rouillé, agrémenté d’un panneau où s’est déjà trouvé une inscription, auquel il ne reste que le mot « défendu ». Très accueillant !  Tellement en fait que devant l’insistance de mes intestins à exprimer ce que je n’ose dire tout haut, je m’enfonce dans les broussailles et coule une grasse et odorifère contribution personnelle à la terre de Margaux.  L’appellation tout entière peut dire merci à un bol de toilette pour difformes de l’hôtel Ariane, rue de Lurbe, Bordeaux.

Après, on roule.  On s’arrête à Beychevelle, qui assure des visites guidées.  On y passe certainement 1h00.  J’y ai glané quelques informations :

Nous avons visité les magnifiques jardins avec leur pelouse bordée d’arbres qui s’alanguit sur presque un kilomètre jusqu’à la Gironde.  Là-bas, pile en face de l’immense terrasse arrière, à ce stade du fleuve, les navires baissaient les voiles quelques kilomètres avant Bordeaux, d’où beychevelles…

http://www.beychevelle.com/html/Phototheque.html

On a aussi visité les premières caves creusées en 1850.  Elles se trouvent au niveau de la nappe phréatique.  Les moisissures et le penicillium couvrent les murs.

Ce fut une visite vraiment intéressante.  Je crois que c’est le seul grand vin qui donne une chance aux ti-counes comme nous de voir ce que c’est pour vrai.  Et l’autre chose intéressante, c’est que notre guide est un jeune employé de la maison qui travaille dans les chais.  On voit que d’expliquer et de côtoyer le public ne lui est pas familier.

J’ai oublié de lui demander, mais j’ai supposé qu’à Beychevelle, on veut former les employés et les préparer à prendre des responsabilités diverses en leur faisant toucher à toutes les facettes du métier, dont celui du lien avec le public.

Après, nous avons roulé jusqu’à Pauillac où nous avons mangé sur le port.  En entrée, Mariane a pris une terrine de poulet aux raisins, et moi, tomates et chèvre.  Au mets principal, Mariane a pris un bœuf sauté, tandis que moi, j’ai préféré un onglet de veau.  Pour dessert, tarte à la poire pour Mariane et fromages pour moi.  L’intérêt de ce repas n’était pas tant dans les plats, au demeurant excellents, mais dans le vin.  Il s’agissait tout bonnement d’un vin maison, un vin de la région, inconnu, non identifié, qui aurait pu ressembler à n’importe lequel petit jus ordinaire qu’on nous sert habituellement.  Sauf qu’ici, on était à Pauillac, et qu’un vin ordinaire de la région, ce n’est pas n’importe quoi : une robe pourpre, une étoffe supérieure, un fruit généreux — du cassis qui craque sous la dent presque — un vin sans bois, sans travail clinique pour le marché mondial.  Les vins ordinaires de Pauillac, restent des vins nettement supérieurs aux autres, ce sont des vins lumineux et pleins de joie.  Je ne boirais que des Pauillac que je serais un homme comblé (suis-je le seul ?).

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L’après-midi, nous sommes partis vers St-Estèphe, mais le cœur n’y était plus.  Mariane avait hâte qu’on aille à la plage.  Nous étions du côté de la Gironde, et le temps était frais, maussade et venteux.  Pour se rendre à la mer, il fallait traverser le Médoc sur sa largeur. J’étirais le moment de mettre le cap sur l’Atlantique : j’aurais aimé retrouver une petite route sur le bord de la Gironde dont j’avais gardé un souvenir ému en 1996, mais je ne prenais jamais le bon chemin il faut croire.  On a cherché, tourné ; dans nos pérégrinations, on est tombé sur Pontet-Canet, qu’on ne peut visiter.

Si bien qu’à 14h30, sentant ma blonde de plus en plus frustrée, on a mis le cap sur Carcans-Plage.  À 130 km/h sur des petites routes en ligne droite, à peine plus larges que la bagnole, on y arrive vite.  Ici, encore, on a fait une erreur.  Juste à l’intérieur des terres, il y a un lac, le lac d’Hourtin-Carcans.  On s’est arrêté à Le Montaut, il y avait une plage, mais on a changé d’idée et avons mis le cap pour la mer.  On aurait dû rester devant cette eau paisible plutôt que de nous retrouver à 15h00 devant de puissants rouleaux qui se disputaient l’honneur de briser les quelques pauvres fétus de paille humains qui se risquaient à y mettre le pied.

On s’est étendus sur le sable, sur nos serviettes, tout habillés.  On a peut-être dormi un peu, jusqu’à ce qu’un cornet criard (actionné par un connard) annonce je ne sais quelle activité sur la plage à 17h00.  Il n’était pas question de partir sans se mettre un pied à l’eau.  Même si on n’avait pas enfilé notre costume, on s’est avancé vers le bord.  Avance, avance, on avait de l’eau à la cheville et… soudain, sans trop savoir comment, on avait de l’eau en haut des cuisses.  Tout mouillés mais heureux, on est repartis, avons franchi la dune, embarqués dans la bagnole, les petites culottes toutes humides pour se faire les 2h15 de route de retour jusqu’à la Sauvetat.

Pour souper, on a fait dans l’ordinaire : foie gras, monbazillac, aiguillette de canard, salade avec fromages fondus sur des croûtons et vin de Duras…  Des restes, quoi !

Par contre, on rigolait comme des fous, Mariane m’a dit quelle n'avait jamais tant ri que durant ce voyage.  Ça, c’était extraordinaire ! Exprimé ainsi, spontanément, cela consacrait que notre voyage 20e anniversaire de vie commune était une réussite.

2 août 2006

Allemans-du-Dropt

Halle intérieure

Halle aux prunes

Ce matin est l’avant-dernier que nous passerons en sol français.  Mariane s’est chargée du ménage, tandis que j’écrivais.  Après une course au boucher des Allemans-du-Dropt, nous avons dîné au café de la Paix.  Nous avions développé une sympathie mutuelle avec les proprios, et il n’était pas question de quitter sans aller faire honneur à leur cuisine.  Nous avons eu droit à une entrée faite de cubes d’échine de porc, de cantal, agrémentés de fèves germées et de poivron rouge, dans une vinaigrette très correcte.  D’un morceau de bavette saignante accompagné de cubes de patates grillées dans de la graisse de canard, un délice, d’une tarte au citron au dessert pour Mariane et d’une glace chocolat/menthe pour moi.  On est arrivés à la maison, 5 portes plus loin, on s’est écroulés pour dormir.

L’après-midi, nous nous sommes rendus à Emet pour nous procurer un petit boire pour le souper, puis nous avons dû nous rendre à Miramont, à 9 km de là, pour le fromage.  Notre dernier souper ne serait pas triste.

19h30, nous avions fini de nous ramasser, le reste se placerait le lendemain à la dernière minute.  Selon notre habitude maintenant, nous nous sommes rendus prendre l’apéro au café de la Paix et faire nos adieux.

De retour à la maison, je pars le feu de charbon de bois.  Ce soir, au menu : entrée de pieds de porc marinade, côtes de veau roulé (sans l’os) et flageolets, crottin chavignol et, pour faire passer cela, un champagne : Billecart-Salmon, Brut Réserve.

Quand on a dit à la dame de la cave qu’on voulait prendre le champagne avec de la viande sur le gril, elle a hésité : l’idée était saugrenue, en effet.  Je lui ai promis de lui faire parvenir un courriel pour lui en donner des nouvelles.

Notes de dégustation du Billecart-Salmon

couleur : presque de l’eau.

nez : brioche, levure.

goût : très vineux, beaucoup de fruit, vraiment un vin avec des bulles (Mariane trouve que c’est chaud au palais). Ce champagne a un corps étonnant !  Ce n’est pas seulement des bulles pour amuser le palais, c’est du sérieux.

Avec du pied de cochon légèrement mariné, le champagne prend des saveurs un peu grillées, comme un vin de raisins surmûris.

Nous en étions au veau quand survint le drame. Le veau à peine entamé, le mur nous a frappé en même temps : plus capables de prendre une bouchée de plus ! D’un coup, on ne veut plus voir de bouffe, on ne veut plus se coucher le ventre plein, et on se jure qu’on ne mangera que de la salade durant le prochain mois à Montréal.

Alors, que dire du champagne avec le veau sur le gril ?  Ça peut marcher à condition de faire caraméliser la surface comme ce soir, mais la moindre part de carbonisé, si petite soit-elle, ne va pas car, si le champagne accentue la douceur du caramélisé, il le fait aussi pour l’amertume du carbonisé.  Je dirais que, en résumé, ça ne va pas trop bien ensemble.

Avec le crottin chavignol, je ne sais plus, j’y ai goûté du bout du couteau.

Il est temps que voisin et voisine déguédinent. L’estomac dit : « Voyage fini ! »

3 août 2006

Lever 5h30.  On déjeune et on finit d’emballer.  On lave les draps.  On complète le ménage, puis ferme les disjoncteurs.

On arrive à l’aéroport à 8h30.  On décolle à 11h50 comme prévu.  Le Airbus A-310 est nettement plus confortable : il y a plus de place pour les jambes.

On arrive à 13h30, on sort à 14h30.  France, la sœur de Mariane devait venir nous chercher.  Une fois sortis, on ne la voit nulle part.  On attend, et attend.  Qu’est-ce qui se passe ?  On téléphone à Joëlle — la plus jeune soeur de Mariane, qui habite temporairement chez France à cette époque — qui nous dit qu’on a prévenu France que l’avion serait en retard de 20 minutes.  Elle est partie à 14h00.  On attend jusqu’à ce que ça n’ait plus de sens, puis on se sépare, Mariane va au stationnement des handicapés (France possédant une vignette permettant d’y stationner) et moi, je reste à l’intérieur avec les bagages aux arrivées, au cas où elle se pointerait.

Durant ce temps, notre conductrice attendue faisait comme elle fait toujours, mais n’avons jamais imaginé cette possibilité.  Elle tournait, et retournait en auto — passant sur le quai, s’arrêtant jusqu’à ce qu’elle se fasse dire de circuler, empruntant la sortie, contournant les péages et réapparaissant au début des quais — en espérant que nous l’y attendrions et qu’elle puisse nous prendre au vol sur le quai…  Le manège a duré jusqu’à 16h00, quand Mariane a rejoint Joëlle pour avoir le numéro de cellulaire de France, et finir par la rejoindre, au milieu de son millième tour de manège.

Tout le monde était sur les nerfs quand on s’est retrouvé.  Comme France avait oublié sa bourse, elle avait raisonné qu’elle ne pouvait pas stationner, oubliant qu’on paye à la sortie et que nous aurions défrayé le stationnement…  Encore une organisation à la Lamarche quoi !  Mais ça, c’est une autre histoire, une toute autre histoire…

Bon, une fois arrivés à la maison : on invite France à prendre une bière.  Elle débarque, puis téléphone à Joëlle.  Après, elle nous dit, un peu dépitée qu’elle ne mange jamais avec Joëlle, parce que cette dernière mange à n’importe quelle heure.

Bon.  Veux-tu souper, France ?

Et ça recommence ! Pas encore dépaquetés, lavés, on reçoit à souper. Encore de la bouffe ! Qu’est-ce qu’on a préparé déjà ?  On a sorti de la sauce à spaghatt du congélo.  Et pour vin ?  Et comme fromage ?...

Laval, 7 juin 2009