Chants de canicule : 31 juillet au 6 août

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Jeudi 31 juillet

Les garçons passent la journée devant la Télé à se « cultiver » à la française et à développer leur intelligence sur le Nintendo. Maman, Mariane et moi, on va faire une ballade vers 16h00 dans les montagnes du Beaujolais. On arrête prendre un café à Vaux.

Il y a une terrasse surplombant la vallée, et maman a sans doute payé 35$ pour deux cafés et un Perrier...

Souper : 2 poulets fermiers accompagné d'un très moyen Morgon.

Vendredi 1er août

Je vais chercher des croissants à St- Georges, qui est à quelques kilomètres d'où nous sommes, en direction de la Saône. J’y rencontre Bossan, qui me dit : « Ah ben ! Ça y est ! Vous êtes déjà un habitué de la région ! » Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour des croissants en France...

Je suis toujours prête à embarquer, moi !

Après le déjeuner, maman, Mariane et moi, allons à Villefranche, au bureau de tourisme et à la gare pour regarder les horaires de train pour les gars: on voudrait qu’ils puissent aller et venir à Lyon librement. L’horaire est mal foutu, les retours sont trop tôt...

Tous les 5, vers 16h00, partons vers le château de Fléchères, avec un arrêt en chemin à la chapelle de Montmerle-sur-Saône. Alors qu’on visite la cuisine médiévale du château, Hervé l’emmerdeur ramasse des cuillères laissées parmi les artefacts et se met à jouer de la cuillère. Quand on lui dit de ne pas faire cela, il se met à regimber et nous argumenter : « Quoi ! C'est juste des cuillères !

V'la l'autre qui imite son frère !

On peut rien faire ici ! » Tout le reste de la visite, est à l'avenant. Il faut le surveiller sans cesse : il touche à tout. Le guide doit l'avertir. Un peu plus et il se couchait dans les lits XVIIIe qui meublent les chambres que l'on visite. Un moment, on le perd, il a quitté la visite guidée. Puis, dans une autre pièce, en plein milieu d'une explication, ça cogne à la porte.

Toc, toc, toc !

Le guide s'interrompt, ouvre. Et qui est là ? Qui d'autre que le fils dont je suis si fier ! Celui que je l'étranglerais sur place. On termine la visite à 18h25. Il nous faut vite trouver un marché encore ouvert. On trouve à Belleville.

Souper : andouillettes, couscous, St-Joseph blanc, Moulin-à-vent. Cette fois, on s'est vraiment régalé.

Ici, je voudrais prendre quelques lignes pour donner une idée de la «cuisine laboratoire» avec laquelle nous devions composer. La pièce fait quatre mètres de longueur par trois de large environ. Deux mètres pour la cuisine et deux pour une petite salle à manger avec table ronde de jardin et 4 chaises en métal assorties, dont le mur du fond est percé d’une grande fenêtre. Un meuble-comptoir divise l’espace: côté cuisine, il englobe le lavabo et côté salle à manger, s’y encastre un lave-vaisselle et trois tiroirs pour la coutellerie. Ce qui porte le nom de cuisine est donc un espace circulable de deux mètres de large par un mètre de profond, qui ne peut recevoir qu’une seule personne. Devant, s’embusquent deux petits bouts de comptoir rabougris, à gauche pour une petite planche à pain, à droite, pour le sèche-vaisselle, avec le lavabo au centre et, sur toute la longueur, une surface plane surélevée juste assez large pour y déposer du pain, une machine à café, un plateau à fruits ou de la vaisselle; à droite se trouvent le poêle et des armoires pour les thés, tisanes et soupes séchées et une petit carreau vitrédans le coin; derrière, végète un bout de comptoir pour les pots, des armoires où se trouve la vaisselle et un frigo. Quand sa porte est ouverte, toute circulation est bloquée. Tant qu’aux épices,— ce qui est non négligeable pour des gens qui aiment cuisiner comme nous, cela se réduisait à une douzaine de pots et mélanges commerciaux.

Juste de défaire la table et de tenter de serrer les victuailles restantes après le repas, c’était un sport pour contorsionnistes avertis. Nous, les cuisineurs effrénés, nous avons beaucoup ri et résisté ! dans ce réduit qui découragerait toute cuisinière d’aimer cuisiner: Tant qu’aux casseroles, plats, contenants, ils sont relégués dans le placard du corridor avec l’aspirateur et les savons. Dire que la France est le pays de l’art culinaire...

Samedi 2 août

Le matin, maman, Mariane et moi, on se rend à la chapelle du col de St-Bonnet. C’est le sommet de la région. Comme maman n'aurait pas pu se faire l'ascension à pied, je prends le sentier avec l'automobile et, un trou une bosse, on monte jusqu'en haut. Les quelques adeptes du plein air-santé-nature qui se farcissent la marche nous regardent de travers... On a vraiment l'air de touristes égarés. Quelle agréable sensation ! Tout ça pour une chapelle romane cadenassée, qui ne sert qu'une fois par année (pour la fête de St-Benoît ? Je ne sais plus trop). On a vue sur une vallée écrasée d’humidité. C'est clair, on est en plein DANS la canicule.

Au retour, il faut faire l'épicerie. On va au Leclerc de Le Glèze.

Après la sieste, on se rend à St-Étienne en automobile pour estimer si les gars peuvent s’y rendre à bicyclette. Il est censé y avoir deux bars où se tiennent les jeunes. On les laisse sur place. Mais je prends mon temps pour tourner et partir. J'ai eu raison, je les vois dans mon rétroviseur qui me font signe. Ils rembarquent : tout est fermé pour les vacances. Déception, pour eux, comme pour nous, car ils sont loin d'être drôles à vivre, prisonniers de l'éloignement comme ils le sont.

On va faire un tour chez Bossan, la cave n'est pas ouverte. On ne fait rien, en attendant que les gars finissent de souper. Je les amène à Villefranche, au « Bar Naze ».

Je reviens à Blaceret, on soupe (restes du couscous). Je retourne les chercher vers 11h00. J'étais inquiet. Je n'étais pas certain où ils étaient. Je les attendais en me demandant si je devais rentrer dans ce bar... Puis ils sont sortis, enchantés. Ils s'étaient fait de nouveaux copains, qu'ils devaient revoir bientôt. Le retour est agréable, ils ont un point de chute, la pression va diminuer à la maison, sans doute...

Durant la nuit, les chats se battent, les voisins arrivent à 3h30 en klaxonnant et en hurlant jusqu’à 7h30 du matin. Courte nuit...

Dimanche 3 août

On a prévu de se rendre à Pérouges.

On lève les gars à 8h15. Hervé est fatigué et d’une humeur massacrante. Il gueule, renverse du café, gueule encore, et est en retard. Si bien qu’on part tous « sur les nerfs ». On est au seuil de la première crise.

Pérouges est absolument fascinante, avec ces chemins de ronde qui passent à l’intérieur des maisons et de l’église. Tout est en pierre rondes et lisses ; maisons et pavés des rues. Maman, Mariane et moi, on fait la visite guidée. Les gars préfèrent se promener.

Il fait une chaleur épouvantable : 45 à 50° au soleil. On dîne à une terrasse appuyée sur les murs de la ville qui domine la vallée. Par cette chaleur, on ne désire que des salades.

À partir d'ici, on n'a plus pris de photos. Trop chaud, je suppose. Si je place d'autres images, elles seront empruntées à Internet — tout comme certaines du château de Fléchères et de Pérouges...

En quittant, on tente de retrouver une rivière où paraît-il on peut se baigner. Mais on se trompe de route. Quand on le réalise, il faudrait se taper une demi-heure supplémentaire juste pour revenir sur nos pas. Ajoutons à cela les deux gars qui sont parfaitement odieux et une chaleur intenable qui rendent les 2h00 de route pour le retour invivables. Mariane se mure dans un silence fermé qui est le signe d'une frustration profonde.

On cherche un marché d’ouvert, il n’y en a pas le dimanche après-midi. On aboutit à une boulangerie climatisée, on est comme des zombis, fixés sur un seul objectif : bière-eau-glaces. Je ne sais pas ce qu'on aurait fait si on n'avait pas trouvé cet endroit. On était au seuil de l'inanition. On retourne à la maison, on se douche pour se rafraîchir, et on sieste. Mariane nous la bat froid : Hervé l’a achevée. Et on n’a pas trouvé de coin où se baigner.

Je prends une bière avec Hervé et lui explique CALMEMENT 1) qu’il indispose tout le monde dans un moment où on est tous les uns sur les autres ; 2) qu’il doit assumer son choix de venir en France avec nous ; 3) qu’il n’a pas pris les moyens de la liberté qu’il souhaitait avoir : il a dépensé tout son argent au Québec et ne s’est rien gardé ; 4) je lui offre des solutions : partir dans une auberge de jeunesse ou se prévoir un trajet et partir sur le pouce — sans Laurence qui est trop jeune — ou retourner à Montréal de suite ou faire contre mauvaise fortune bon gré.

Je décide que ça doit bouger. Je propose des solutions à Mariane qui n’est pas réceptive.

Je prends les messages téléphoniques : Pierre Geoffré a téléphoné. Je le rappelle. Ils quittent samedi, il faut se dépêcher si on veut les voir. On convient que je le rappelle mardi matin.

Je propose aux gars d'aller les reconduire à Villefranche pour la soirée. Laurence va voir Mariane, elle pleure. Je vais la consoler. Je vais conduire les gars. Je les reprendrai à 11h30. On soupe. Mariane vient avec moi. Ça va mieux.

Lundi 4 août

Maman, Mariane et moi, on part pour visiter quelques caveaux du Beaujolais. On vise le mont Brouilly. À partir du sommet, on descend le long des coteaux de vigne, on s'arrête, déguste, parle. En chemin, on tombe par hasard sur le domaine Chevalier-Métrat. Ils n’y sont pas. Puis, une voix nous interpelle, de la maison de l'autre côté de la petite route : c’est la maman. Elle commence par nous dire qu’ils sont partis pour quelques jours. Puis, Québécois oblige, elle nous trouve sympathiques sans doute et accepte de nous faire goûter. Autrefois, c'est elle qui régnait sur le domaine, avec son mari. Maintenant, c'est sa fille et son mari qui s'en occupent. Elle nous sert un Beaujolais absolument renversant ! On se jure de revenir quand ils seront de retour.

Puis, il faut bien faire l'épicerie. On revient trop tard (14h30). Je n'arrive pas à m'ajuster à l'horaire de France. Dîner à 15h00, puis faire la sieste jusqu'à 16h00, ça me déboussole. Si en plus, durant ma sieste, je me fais réveiller par les gars qui dînent une fois qu'on a tout remballé, grrr... Merde ! Cette cuisinette où on ne tient pas à deux, et qu’il suffit de regarder pour qu’elle soit sale doit assurer 6 repas par jour !

17h00 — On est reçus, maman, Mariane et moi, chez les Édouard pour le petit Beaujolpif. Voilà une civilité qui nous pesait, mais à côté de laquelle on ne pouvait pas passer.

Au retour, les gars me demandent pour aller passer une autre soirée à Villefranche. J’accepte. Ceci implique donc que je fais le taxi. Que ne ferais-je pour deux si gentils garçons...

Mardi 5 août

Aujourd'hui, on va voir Pierre et Julie à Pougny. C'est en montagne, à la frontière avec la Suisse sur la route de Genève, il y fera frais avons-nous pensé. Oh pauvre ! Il fait une chaleur épouvantable. Quand on arrive au village, on s'arrête devant l'église pour téléphoner à Pierre, question de cuire le moins longtemps possible dans l’automobile à se chercher. Il fait 45° à l'ombre... Et le téléphone qu'une pauvrette qui se lamente sur sa libido misérable ne libère pas... Alors, on regarde la carte et on fonce. Quand on arrive, on est exténués. Tellement harassés qu’on dépose tout notre stock en vrac sur la table de cuisine et que ça y restera jusqu’à 19h00.

Comme on se trouve à l’embouchure du Lac Léman où le Rhône prend un nouveau départ en direction de la Méditerranée, le courant est puissant et forme ce qu'ils nomment des gouilles. Comme si l’eau s’engouffrait en de petits lacs intérieurs, calmes, à l’eau fraîche et de couleur grise à cause des minéraux charriés par le ruissellement des montagnes jusqu’au fleuve.

Se baigner ! Oui, oui, oui, nous le voulons ! De toute urgence ! C'est tout à côté paraît-il.... à 15 grosses minutes de marche... à cette chaleur, dans notre état. Je m'impatiente et décide de refaire le chemin en sens inverse pour aller chercher l'auto ; sinon, au retour de la baignade, nous serons aussi indisposés par la chaleur que maintenant.

Maman est restée à la maison et s’est douchée longuement. Puis a discuté avec Julie, qui semble l'avoir beaucoup appréciée. Moi, j'étais un peu gêné, et de mauvaise humeur qu'elle soit venue avec les garçons. À Laval, avant de partir, on avait convenu qu'on s'éclipserait une nuit Mariane et moi, seuls. Mais avec cette chaleur, l'isolement de la maison de Blaceret, et l'humeur si avenante des gars, il était hors de question de laisser quiconque là-bas.

J’ai peiné Laurence quand j’ai demandé à Hervé de rester à ses côtés durant qu’il traversait la gouille. J’ai fait valoir qu’il avait dû nager sur le dos après douze coups de brasse. Alors, il a tiré une baboune horrible. Juste une autre fois.

Souper fastueux : Pierre a préparé une tarte Tatin, des pâtes à je ne sais plus trop quoi et autre chose encore.

De mon côté j’ai préparés des filets de porc auvergnats. Délicieux.

Choisir des filets de porcs auvergnats élevés en liberté.

Cuire lentement sur le gril.
Vers la fin de la cuissons, couper les filets en gros morceaux, de manière à griller toutes les surfaces.
À la fin, parsemer dessus un mélange d’herbes : herbes de Provence, épices à couscous, sel de Guérande, Cayenne.

On a noyé le tout sous nombre de bouteilles de Tavel rosé et de Bourgognes.

Mercredi 6 août

Déjeuner et dîner avec nos amis. Pierre me parle de son magnum de Pécharmant âgé. Alors, on convient que j'achète un magnum de Bourgogne, étant donné qu'on s'y rend la semaine d'après, et qu'on se boit ça à notre retour.

On revient par l'autoroute. Là, je ne le dis pas trop fort, mais je commence à être sérieusement atteint. Dans les tunnels qui parfois font quelques kilomètres, je me paye des crises aigues de panique que je dois ravaler pour ne pas effrayer mes passagers. Encore aujourd'hui, un an après j'en porte la marque : le moindre tunnel m'oblige à des efforts de volonté pour ne pas arrêter le véhicule au milieu du chemin et m'enfuir en hurlant. L’angoisse est une tache d’encre que le buvard qu’est notre âme boit sans savoir arrêter le cycle, de parcelle en parcelle de réalité. Bientôt, si je la laisse gagner du terrain, je ne pourrai plus conduire sur un pont, sur une autoroute surélevée. Et cela s’arrête où?

Hervé part seul pour Villefranche, je vais le reconduire.

Souper : nouilles — sauce tomate, Tavel rosé.

Retour de Hervé à 3h00 du mat, raccompagné par des copains. Je ne dormais plus depuis 2h00, je l'attendais.

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