Nouvelles littéraires / Prières : Trahison

Prières : Trahison

Le type s'assit dans un fauteuil, allumant un bâton d'encens qu'il venait de trouver dans ses vieilleries oubliées. Immédiatement, l'atmosphère empoisonnée d'amertume se chargea d'un capiteuse odeur sucrée. Il tenta de faire taire le brouhaha dans ses idées et de se recueillir.

« Mon Dieu, j'aimerais bien partager avec vous ma joie. J'aimerais avoir le coeur à chanter vos louanges, chanter la vie, l'espoir, la renaissance. Au lieu de cela, cette fois, je me tourne vers vous alors que la tristesse surtout sert de support harmonique à ce chant litanique.

Bien sûr, en général, je me révolte. Je m'oblige à régler mes problèmes seul. Je me fais un point d'honneur à ne m'adresser à vous qu'en dehors des moments fragiles où l'oraison se transforme en «imploraison».

Mais cette fois-ci, comme c'est un cas d'amour, d'amour blessé peut-être, mais positionné tout de même du côté de notre part divine, je crois qu'il faut que je partage cette douleur avec vous. L'amour n'a-t-il pas pour pendant la haine ? L'espérance, le désespoir ; ou la foi, la trahison ? N'est-ce pas l'explosion de l'âme qui est le signe que nous sommes plus qu'une catégorie matérielle ? Et mon âme est en miettes... On m'a trahi.

Je n'ai plus l'envie de m'en prendre à tout ce qui m'entoure pour expurger ma détresse. Je n'ai plus le désir d'espérer un peu de lumière, je n'ai plus de motivation à redresser la tête, coûte que coûte.

Mon Dieu, je suis épars dans la vaste scène du monde, et je me mets à genoux et viens vers vous demander de me soutenir devant le silence glacial qui résonne en mon âme.

C'est à ce moment que son fils, le traître de sa prière, apparut. Tout s'éteignit. Sa colère explosa une nouvelle fois, il traita de tous les noms, se retint pour ne pas le frapper, vit sa colère augmenter encore du fait de son impuissance à lui arracher le regret qu'il aurait voulu entendre exprimer de la manière dont il aurait voulu l'entendre.

Les portes claquèrent, la maison se vida. Le bâton d'encens contina seul de laisser sa fumée monter vers le ciel. La prière n'était sans doute pas encore rendue.

Claude Belcourt
octobre 2001