Nouvelles littéraires / Prières : aucun sens

Prières : Aucun sens

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Et si tout ça n'avait aucun sens

Si toute cette folie qui souffle, cette terreur qui sourd, cette circonspection qui affecte chaque être sur terre n'avait aucun sens.

Si l'assassinat avait valeur égale à la procréation, si l'amour ou le feu dans la chair n'étaient qu'une ridule dans l'immensité plane et indifférente. Pire ! Si l'immensité tranquille n'existait pas : pas d'univers, ni d'infini, aucune éternité. S'il manquait tellement de sens à la vie que l'immensité se butait sur le mur du moment et n'émettait pour toute répercussion contingente qu'une vague ressemblant à un haussement d'épaules de la matière. Si chaque moment n'était qu'une suite d'espaces funestes ou florissants fermés les uns aux autres.

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Le type cracha par terre.

— Nom de Dieu ! cette chique goûte la merde !

Et ses potes de rire.

"On t'a bien eu, tête de con !"

***

Ha ! Se dissoudre dans l'univers ! Retourner à l'éternel ! Si éternel il y a. Et si l'éclair de l'illumination n'était qu'une chimère par mes émotions exacerbées. Qui serais-je ? Pourquoi ? Comment m'évader de ce monde ?

***

Le type vomit ses tripes devant se copains qui riaient comme des ânes qui braient. Le portier vint les prévenir de vider les lieux. Une bagarre éclata. Le flics se ramenèrent. Des dents de cassées, des yeux pochés, des crânes qui pissaient le sang : nom de Dieu ! Quelle rigolade ! Quelle soirée mémorable !

On pourrait retourner à sa vie lamentable, son boulot débilitant, son salaire de lave-chiotte, son décor pitoyable, content ; en sachant que, quand on s'y mettait, la vie pouvait devenir ce qu'on attendait d'elle : d'une foudroyante intensité.

***

"Mon Dieu, je ne crois pas en vous, mais existez, je vous en conjure ; seul, je suis trop..." Sa prière resta suspendue ; dans l'écho du calme, il eut l'impression d'un soupir.

***

Il ne fit qu'un pas dans son logement lugubre, s'immobilisa, attentif, oscillant dans le noir, plus tout à fait sûr d'où il était .

—Paraît qu'il y a un Dieu pour les ivrognes ! argua-t-il au vide.

Rien. Il lui semblait pourtant avoir entendu rire...

Et si Dieu n'était que silence ?

Claude Belcourt
novembre 2001